
Arche de Miller, 2011-WIP
Aux commencements il y avait une masse d’eau mouvante subissant l’action du chaud et du froid. Il y avait dedans des nucléotides. Puis la vie apparut, de ça - personne ne sait pourquoi.
L’œuvre ici vise à reproduire les conditions élémentaires, avant l’événement, l’émergence du temps, et de l’évolution. 10 litres d' eau, des bases puriques, des sucres, de la chaleur et du mouvement. Véritable morceau de nature, nature morte, l’installation se veut tableau, dans la tradition des marines, selon les dimensions. Une tradition revisitée, concrète, où le laboratoire et l’atelier collaborent, pour faire parler le cosmos.
La physique et la chimie mises ensemble présentent comme un échantillon de l’océan premier. L’œuvre imite au plus près les processus naturels, par la technique, comme autonome, dans un mouvement rythmique, presque une horloge. On se met à imaginer un miracle, la première bactérie, à méditer, à attendre. Peut-être aura lieu quelque chose.
Le spectateur contemple. Lumière, eau. Parfois la pluie. Le sujet n’ est pas (encore) là. Et tout est là. Car l’essentiel est invisible (le moléculaire). L’artiste seulement met en branle, puis se retire. Lui aussi il attend. Essai. On se prête à rêver. Ce qui sera ou pas. Il faut laisser faire les choses, le changement, aléatoire. Peut-être avec le temps. C’était avant l’animal, le végétal, tout. L’arche est une hypothèse. Un jeu sérieux. Voir ce qui, de ce repos, de ces règles, peut advenir ou pas. Bercé par le cliquetis des moteurs, des couleurs du jour de la nuit de l’onde, le bleu, le spectateur cherche quoi regarder, à comprendre, dans cette mer sans sujet, dans le tableau, un espace presque vierge, qui est ou pas sa fin, cela dépendra du hasard ; et, qui sait, s’il reste longtemps peut-être il sentira comment c’était avant. Avant le monde. Avant toute existence. Avant l’humain.
Où l’art se souvient de sa propre genèse.
Alice Halter